.Qu'il est
loin,
Le temps,Des anneaux de Pluton.
_________Je traverse ma maison aux murs de verre les yeux clos, mais le soleil transperce mes paupières d'un bleu pomme larmoyant. Depuis combien est-ce que je tourne en octogone ? Deux jours ? Six ans ? J'ai perdu la notion du temps. Une abeille passe, à dos d'hippocampe, et j'enjambe mon monocycle pour atteindre le frigo. Un scorpion s'est mordu la queue, il est mort, c'est si con que, moi, je m'en mord les doigts. Ils ont un goût de formol, ce doit être les restes de la girafe d'hier soir. Ces petits poids, quelle infamie... Je craque une allumette, j'ouvre la porte de mon garde-manger. Hm, plus vraiment de place entre la tête de moine et le tabouret à trois pieds. J'en dévisse un, et le croque à pleines molaires. Elle tombent et se brisent sur la moquette trop piquante. Aux grands moyens les grands maux, je déboutonne mon gilet et tire sur mon nombril. La trappe s'ouvre, j'y enfile ce qu'il reste du pied en mousse. On se nourrit comme on peu. J'ai perdu mon monocycle, mon gros orteil l'a mangé. Je siffle dans un canard, mon ornithorynque s'empresse. Accroché à ses sourcils, je me dirige vers la salle de bain. J'allume le gaz, il faut attendre la bonne température, c'est ennuyant mais on s'y fait. Mon squelette tourne de l'½il, le tabouret n'était pas frais. Le gaz fait tomber mes cheveux, qui repoussent instantanément sur mon aine. La chaîne stéréo crache de telles horreurs que mon nez me fait souffrir. Ma glotte me frotte l'intestins, je sens que je vais faire un malaise. Noyé dans du jus de goyave, tout me semble soudain dérisoire. Et voilà que mon estomac se met au chant grégorien... J'enfouis ma main dans ma cuisse gauche, pour en sortir mon c½ur, battant à plein régime. Il est si bouillant que je m'en glace les poignets. Me voilà dans un beau pétrin. Je me lève avec difficulté, j'aimerais sentir pour une dernière fois la douceur d'un carreau de bataille navale. Mais ma faiblesse est trop grande, mon c½ur flotte entre les anneaux de pluton, et je sens mon esprit s'évader, lentement. Je décroche mon téléphone, sa stridente mélodie me berce. Et voilà que je comprend le sens de mon existence, dommage que ce soit au moment de la quitter. J'ouvre ma bouche pleine de mousse à raser, et hurle un dernier souffle. Ma mémoire à percé mes tympan, elle coule le long de mes lobes. Au final, ma traque à l'utopie aura été vaine, je n'ai même pas eu le temps de remercier le facteur.
.